Mulhouse : Récit d'un week-end spectaculaire 

par Laurent LIEGEOIS

 

Nous sommes le samedi 11 mai ! Les premières sociétés arrivent dès 7 heures du matin. Le bureau d’accueil, situé au stade de l’Ill, est vite assailli. Il s’agit de remettre à chaque société son itinéraire, ainsi qu’un guide qui les suivra tout au long du week-end.

 

Tout s’enchaîne à une vitesse extraordinaire : le concours commence dès 10 h. Parlons d’ailleurs de ce concours. Les membres du jury sont arrivés la veille. Et là, c’est une première : Messieurs Gabriel FERRAND, Président de la CFBF, et Christian LELEU, responsable de la commission BF de la CMF, ont honoré l’invitation de l’UFF et se joignent aux autres membres du jury. Belle ouverture sur l’interconfédéralité ! 

 

Dès ce samedi matin, les membres du jury se répartissent dans trois salles. Les deux premières sont situées à la Filature, scène nationale, dont les infrastructures sont très impressionnantes : oui, nous ne rêvons pas, ces locaux qui accueillent les plus grandes vedettes reçoivent aujourd’hui le concours national. 

 

Louis PAYET, Pierre DOLEAC et Laurent LIEGEOIS présentent les jurys et guident les sociétés. Le troisième jury se situe au Centre Sportif Régional, situé non loin du stade de l’Ill. Il fait partie du complexe universitaire de Mulhouse et, là aussi, les infrastructures se prêtent bien au concours. 

 

Les sociétés sont déjà là et s’échauffent. Après avoir passé les épreuves, la plupart repartiront sur les magnifiques routes d’Alsace pour une destination où elles seront reçues par les autorités locales avant de donner un concert. D’ailleurs, l’accueil réservé est toujours simple et chaleureux.

 

Les épreuves vont ainsi se dérouler durant toute la journée, devant un public relativement nombreux. Celles-ci sont d’ailleurs très suivies par la presse, chose rare : la presse écrite et télévisée, notamment France 3 Alsace, réalisent interview sur interview. Voilà qui mesure bien l’ampleur de ce concours : enfin nos batteries-fanfares se montrent sous leurs meilleurs auspices et affichent leur vitalité et leur savoir faire.

 

Que se passe t-il d’autre pendant le concours ?

 

Il y a bien sûr les concerts dans toute la région. Mais il y a également les groupes de prestige. En effet, en plus du concours, en plus des concerts en Alsace, en plus de la création d’œuvre, 5 grandes formations de prestige sont annoncées. Le samedi après-midi, ces cinq formations passeront d’ailleurs en direct sur France 3 Alsace. Ce sera l’occasion pour elles d’effectuer les repérages sur le terrain, de prendre leurs marques.

 

Quand les épreuves se terminent, vers 18 h, la physionomie des abords du stade a complètement changé : forces de l’ordre, barrières, routes bloquées, bus en file indienne… le monde présent autour du stade est de bon augure pour le spectacle du soir.

Mais nous n’y sommes pas encore : les membres du jury doivent se réunir, et, dans le secret, délibérer et donner le palmarès du concours qui révélera les finalistes du lendemain. Il faut également rédiger les appréciations qui seront fournies aux sociétés avec leur carnet fédéral.

 

18h, 19h, 20h…le jury rend son palmarès, qui reste encore secret. 20 h… mais oui, il est grand temps de se rendre au stade de l’Ill pour le grand spectacle !

 

C’est parti pour la Parade des Etoiles !

Arrivée au stade, la foule ne tarde pas à se manifester en tapant des mains. Le temps est certes froid, mais sec, et tout le monde espère qu’il va rester ainsi malgré les nuages menaçants qui s’amoncellent. La luminosité baisse d’ailleurs. Rapidement, 10 000 personnes sont présentes dans le stade et applaudissent en saccade : l’effet est garanti, l’émotion vous gagne…

 

Il est 20 h 30 quand la délivrance arrive : après le morceau d’ouverture, dirigé par Claire PARIS-MESSLER (Directrice de l’ENM de Mulhouse), un speaker souhaite la bienvenue aux spectateurs.

Mais déjà la Musique de la Région Terre Nord-Est de Metz fait son entrée sous les applaudissements de la foule. La Musique de la Région Terre Nord-Est prendra soin, tout au long de sa prestation, de se diriger vers les différentes tribunes, pour que tout le monde puisse profiter de sa musique.

La Musique de la Région Terre Nord-Est quitte la scène pour laisser la place… à de biens étranges cyclistes !

 

Vêtu en tenue traditionnelle hollandaise, chaussé de sabots, le Bicycle Showband Crescendo Opende fait une entrée fracassante sur le stade. Mais comment font-ils donc pour défiler en vélo tout en jouant ? Le spectacle est extraordinaire. Non seulement ils jouent en roulant, mais ils n’hésitent pas une seconde à se déplacer sur l’herbe et à slalomer entre les câbles disposés pour le spectacle final.

 

Extraordinaires ces Hollandais, qui ont su allier musique et parade à vélo, sans jamais baisser le rythme. Le public ne s’y trompe d’ailleurs pas en applaudissant chaleureusement ces drôles de musiciens, dont chaque vélo est spécialement étudié pour recevoir l’instrument. Génial !

 

Aux quatre éléments, on pourrait d’ailleurs ajouter aisément la couleur : après les Hollandais vêtus en costumes néerlandais, voici que l’Ensemble Traditionnel de Haute-Alsace de l’ADATP (Alsace des Arts et Traditions Populaires) fait son entrée en formant une longue ligne de danseurs, tous vêtus de costumes traditionnels, que l’on imagine correspondant à différentes époques et endroits de l’Alsace.

 

Le dépaysement est garanti, le changement de style entre chaque groupe nous donne l’impression de voir un tableau aux couleurs intenses. Impeccables, les 120 danseurs de Haute-Alsace font une démonstration majestueuse, précise et ô combien agréable, des traditions populaires de l’Alsace. Clin d’œil régional voulu par les organisateurs !

Le concours national est devenu ainsi le meilleur ambassadeur de cette région, où, après une trentaine de concerts, les danses finissent de montrer la vitalité de la culture alsacienne. Et même si l’on ne parle pas alsacien, on est vite entraîné devant tant de joie.

 

Si on reprend l’analogie avec la peinture, ce grand spectacle de " La Parade des Etoiles " est tout en contraste : voici qu’après le folklore alsacien se présente la Fanfare de Cavalerie de la Garde Républicaine de Paris, venue interpréter devant le public conquis le répertoire traditionnel militaire. Fidèle à sa réputation de rigueur, la Garde Républicaine donnera un florilège de son répertoire.

 

De Paris, nous partons en Ukraine… on nous annonce en effet l’arrivée de l’Orchestre Principal des Forces Armées d’Ukraine. Défilant avec le pas qui caractérise les armées de l’ancien bloc soviétique, l’Orchestre Principal des Forces Armées d’Ukraine fait une entrée impressionnante par son nombre de musiciens… et de danseurs…

 

D’ailleurs, on ne tarde pas à se réjouir : les Ukrainiens nous invitent à un merveilleux voyage à travers le monde. Musique traditionnelle ukrainienne, danse au sabre, mais aussi musique américaine, française, italienne se succèdent à un rythme effréné. On peine à reprendre son souffle devant cette merveilleuse évasion que nous offrent les Ukrainiens.

 

 

Une ovation méritée raccompagne l’Orchestre Principal des Forces Armées d’Ukraine, qui marque tous les esprits. Le dernier groupe de prestige prévu pour cette soirée s’avance : le Beatrix Drum & Buggle Corps, du Nord des Pays-Bas.

 

Vainqueur du dernier concours mondial de Kerkrade, Beatrix fait une entrée " à la hollandaise ", en installant d’abord un matériel impressionnant de percussion devant la tribune d’honneur. Ensuite, c’est avec les musiques de Disney que Beatrix nous invite au voyage : fidèles à eux-mêmes, les Hollandais, véritables virtuoses des parades, nous font un spectacle à couper le souffle. Les musiciens virevoltent, les danseuses évoluent admirablement. Oui, le spectacle est grandiose.

 

Le Commandant Gérard DOUMENE, Chef de musique principal, prend ensuite la direction de toutes ces formations de prestige pour interpréter notamment " La Mer " de l’inoubliable Charles TRENET. Moment magnifique d’émotion de voir ces centaines de musiciens et danseurs réunis sur le terrain.

 

Voilà donc l’entracte. C’est le moment d’offrir à chaque société de prestige un cadeau, remis par Michel BING, accompagné par les plus hautes autorités politiques d’Alsace, notamment Messieurs ZELLER, Président du Conseil Régional, BOCKEL, Député-Maire de Mulhouse, et WILHELM, Président de la Commission de la Culture du Conseil Général du Haut-Rhin..

 

Il est à noter ici le nombre impressionnant de personnalités venues pour le spectacle. En effet, députés, conseillers régionaux et généraux, une multitude de maires côtoyaient les représentants de la DRAC, du CDMC, ou du Ministère de la culture de Paris, mais aussi les responsables des confédérations musicales nationales et régionales.

 

L’entracte est également le moment tant attendu de la désignation des meilleures formations du concours : premières explosions de joie dans les tribunes des 5 sociétés finalistes. Voilà qui est de bon augure pour la finale du lendemain.

 

La nuit est complètement tombée maintenant, le ciel est toujours très nuageux mais sans pluie. Il fait froid. L’entracte est raccourci afin de démarrer au plus vite l’autre moment fort de la soirée : la création d’œuvre " Les Quatre Eléments ".

 

Toute la magie de la mise en scène se met en place : alors qu’arrive une enfant, seule, au milieu du terrain, les écrans géants s’animent, et des boules géantes de quatre mètres de diamètre retransmettent les images des quatre éléments qui créèrent le monde.

 

L’air, l’eau, le feu, la terre… tout y est dans ce spectacle magique. A la beauté de l’œuvre composée par Jean Raymond GELIS, Pierre GUIRAL et Sylvain MARCHAL, à la maîtrise d’Astride JUND, chef d’orchestre, s’ajoutent le texte, superbement mis en scène par Guschti VONVILLE, et les danseurs, à l’origine de chorégraphies magnifiques.

 

Nuls mots ne peuvent ici reprendre l’émotion vécue durant cette création. S’il faut parler par images, on retiendra les magnifiques chœurs d’enfants, les choristes et les musiciens, qui se sont exprimés avec une maîtrise magistrale. Ce grand orchestre était composé de 420 personnes, impressionnant !

 

 

On retiendra Icare, qui s’est trop approché du feu : Icare, ce funambule marchant à des dizaines de mètres au-dessus du stade de Mulhouse. Icare, prenant feu, brillant dans la nuit… on reste émerveillé devant un tel spectacle. 

 

 

On retiendra également les danseurs et ces monstres, issus de la terre, inquiétants, marchant sur échasses, brillant de mille loupiottes…

 

Enfin, l’explosion finale alliant musique, danse et feu d’artifice magistral a définitivement classé ce spectacle au rang de spectacle grandiose. Jamais un concours n’avait connu une telle intensité, une telle beauté artistique, une telle maîtrise : Michel BING nous avait promis que ce spectacle resterait gravé dans nos esprits, il a largement réussi son pari !

 

Au bout de 75 minutes, les éléments se calment, se taisent : le spectacle prend fin devant un public conquis et époustouflé. Il est 1 h du matin, il faut rentrer, car le concours n’est pas encore fini…

 

La Finale

Tout le monde se retrouve en effet le dimanche à 9 h, au palais des sports de Mulhouse. Chaque finaliste interprète son morceau au choix ainsi que son morceau imposé devant le grand jury, puis l’Orchestre des Forces Armées Ukrainiennes et la Fanfare de Cavalerie de la Garde Républicaine viennent honorer cette finale. En coulisses, tout le monde s’affaire à l’ultime mise au point des récompenses, diplômes, et carnets fédéraux.

 

…12 h, l’heure a sonné : Astride JUND, Présidente de la Commission Musicale Nationale de l’UFF, donne lecture des résultats officiels de ce concours des fanfares de France de Mulhouse 2002. L’instant est solennel, mais les cris de joie retentissent à l’annonce du lauréat : ASC St Michel de Riespach. C’est dans une grande ambiance de fête que prend fin le concours, après remise des cadeaux et trophées aux sociétés participantes.

 

Les officiels et les délégations des sociétés sont alors invités par le Maire de Mulhouse pour une réception. Dans son discours, ce dernier n’a pas tari d’éloges envers les organisateurs, en qualifiant d’exceptionnel ce qu’il avait vu la veille.

 

Il est déjà 13 h... les sociétés prennent leur repas, les officiels également. Les feux s’éteignent, mais on a encore du mal à réaliser tout ce qui s’est passé durant le week-end, tant celui-ci a été dense et riche. Mais une chose est sûre : Mulhouse 2002, c’était génial !