Le Cor de Chasse

Le cor, un cuivre dans le vent

Cor ou Trompe?

Historique du Cor

Le Cor et la Chasse

Rencontre avec un sonneur de grand talent

Quelques images de cors et trompes de chasse

Bibliographie

 

Le cor : un cuivre dans le vent…

Présent dans la majorité des sociétés musicales, le cor est un cuivre riche en histoire et en répertoire. Il est joué sous différentes formes (trompe de chasse, cor de chasse et cor d’harmonie) et utilisé dans une grande diversité de genres musicaux.

 

Cette question revient souvent. En effet, il n’est pas toujours très facile, lorsque l’on aperçoit un corniste, de distinguer le Cor de chasse de la Trompe de chasse. L’utilisation de ces deux instruments provenant de la même famille est pourtant différente de nos jours.

Le cor de chasse est couramment joué dans nos formations de batterie-fanfare (groupes B, C, D). Il se trouve toujours dans la tonalité de mib.

Son pavillon est large et très évasé. La branche d’embouchure du cor de chasse est repérable grâce à une coulisse d’accord située à son extrémité et qui se bloque à l’aide d’une vis papillon. Cette coulisse d’accord permet de descendre éventuellement l’instrument dans la tonalité de ré. L’embouchure du cor de chasse présente des bords arrondis.

La trompe de chasse est, plus traditionnellement, destinée à la vénerie. Sa tonalité originale est ré. L’enroulement du tuyau est de 3 tours ½ (comme pour le cor). Elle est jouée dans les groupes F.

Son pavillon est plus étroit et plus conique que celui du cor de chasse. L’intérieur du pavillon est généralement de couleur noire pour éviter au sonneur à cheval d’éblouir le cavalier et sa monture immédiatement derrière lui. La branche d’embouchure ne comporte pas de coulisse d’accord.

L’embouchure de la trompe de chasse offre des bords assez fins (dits «coupants»), pour empêcher qu’elle ne glisse sur les lèvres de l’instrumentiste pendant le jeu à cheval.

 

Historique du cor

Les origines du Cor sont très lointaines puisqu’elles nous projettent dans la préhistoire. Au départ, il apparaît modestement sous la forme d’une simple conque (coquillage arrondi). Puis l’homme aura ensuite l’idée d’utiliser la corne d’animal ; ceci permet aujourd’hui aux spécialistes de classifier les instruments primitifs par rapport aux différentes ethnies en fonction du type de corne dans lequel l’instrument a été façonné.

Creusé dans une défense d’éléphant, l’Oliphant était utilisé comme moyen de communication par les guerriers. La légende rapporte d’ailleurs l’épisode de Rolland, neveu de Charlemagne, qui fit sonner son oliphant au moment de sa mort lors de la bataille de Roncevaux.

Le Cor était avant tout un instrument de la vie courante, permettant aux veilleurs et archers de « sonner » pour annoncer un danger, aux chasseurs de communiquer entre eux pendant la chasse, mais aussi aux paysans d’indiquer l’heure de sortir le bétail…

Il faudra 400 ans (du XIIe au XVIe siècle) pour que l’instrument s’allonge jusqu’à ce qu’il soit complètement enroulé sur lui même (1 tour ½). Le cor naturel (ou cor simple) était né. Il existe encore de nos jours sous le nom de cor ou trompe de chasse.

A partir de cette époque, l’instrument sera développé pour son timbre et l’intérêt musical qu’il représente (caractère champêtre), faisant alors son apparition à l’orchestre, dans la tonalité naturelle de fa.

En 1723, le marquis de Dampierre fixe le ton de ré pour la vénerie royale.

En 1760, un corniste virtuose nommé Antoine-Joseph Hampel fit une découverte qui marqua l’histoire de l’instrument ; en bouchant et débouchant le pavillon avec un tampon de coton puis avec sa main, il parvint à produire tous les sons de la gamme chromatique dans le registre médium.

L’appellation de cor d’harmonie apparaît dès l’adjonction des tons de rechange (rallonges de tubes permettant de modifier la tonalité de l’instrument). Mozart utilisera alors le cor dans l’instrumentation de certaines symphonies et pour ses concertos.

Au XVIIIe siècle, on compte 13 tons de rechanges ; ceci présente l’inconvénient d’un encombrement important. Après plusieurs tentatives de création d’instruments omnitoniques (sur lesquels les tons de rechange sont fixes), le cor va bénéficier de l’invention du piston de Stötzel et Blühmel. Ce système, dont le principe repose sur un mécanisme étanche de dérivation, va donner aux cuivres des possibilités nouvelles.

Tout d’abord associés par deux, les pistons vont être portés au nombre de trois pour permettre de jouer, sur toute la tessiture, les notes de la gamme chromatique et offrir une plus grande étendue (vers le grave). C’est l’époque où R. Wagner composa la célèbre chevauchée des Walkyries.  

En France, c’est le cor double fa-sib à trois pistons (cor français) qui va perdurer jusque dans les années 1960 pour faire place finalement au cor à palettes et cylindres rotatifs, en usage dans nos orchestres. C'est à Joseph Riedl de Vienne que l'on doit l'origine du cylindre rotatif commandé à l'aide de petits leviers, utilisé sur les cors d'aujourd'hui, breveté en 1832.


Le cor et la chasse

LE HUCHET     

Selon les spécialistes de la paléontologie, il y a quelque 12000 ans que se pratique la chasse au chient courant. Les chasseurs doivent pouvoir communiquer entre eux et il leur faut également stimuler l’ardeur de la meute. L’emploi d’instruments propres à ces usages, cornes ou sifflets, remonte à la plus haute antiquité, mais il faut attendre le haut moyen âge pour en trouver les premiers vestiges. Il s’agit de petites cornes d’appel, appelées aussi «huchets», formés d’un tube conique court et cintré fait de corne, de bois ou d’écorce, de cuir bouilli ou parfois de métal  (l’Olifant, taillé dans l’ivoire, en est une version de parade utilisée par les militaires). Ces instruments ne donnent au mieux que deux ou trois notes que l’on répète sur des rythmes convenus pour transmettre un message : ces signaux, sans véritable intérêt musical, préfigurent en quelque sorte les fanfares de trompe

Au 8e siècle, sous Charlemagne, il existait déjà 9 appels, et l’on en trouve jusqu’à une douzaine et plus à partir du 14e siècle ; divers auteurs comme Henri de Ferrières en 1379 ou Jacques du Fouilloux en 1651, les ont notés dans leurs ouvrages, nous permettant ainsi de les reconstituer. 

 

LA TROMPE PRIMITIVE

Au 16e siècle se produit un changement décisif. La chasse du cerf, jusqu’alors pratiquée à pied, devient progressivement la vénerie à cheval. Les chasseurs doivent alors se faire entendre de plus loin car ils ont tendance à se disperser davantage. Dans les pays de chasse à courre – France et Europe Centrale – on cherche donc à augmenter la puissance et la portée du huchet. C’est aussi l’époque ou le travail des métaux se perfectionne, et l’on parvient peu à peu à augmenter la longueur du tube tout en l’enroulant sur lui-même pour rendre l’instrument maniable.

Cependant, ces trompes n’ont encore qu’un tube de dimension réduite et ne donnent que 5 ou 6 notes, mais cela permet de faire des variantes à partir des signaux traditionnels.

Pour les cérémonies, on groupe plusieurs de ces trompes à la manière des ensembles de trompettes alors en usage : les sonneries sont improvisées à plusieurs parties sur un thème donné d’avance. Ces mêmes ensembles sont parfois utilisés au théâtre.

 

LA TROMPE MODERNE

Les années 1760 marquent une étape capitale : un chaudronnier parisien (la fabrication des instruments de cuivre était alors réservée à cette profession) parvient à façonner le tube nettement plus long, permettant de produire une douzaine de notes, c’est à dire l’échelle actuelle de la trompe. Après de nombreux tâtonnements, la tonalité de ré s’impose peu à peu mais ne sera définitivement acquise qu’une trentaine d’années plus tard. L’embouchure est imitée à celle de la trompette, les premiers sonneurs étant eux-mêmes des trompettistes au service de la cour de France.

Les sonneries restent toujours plus ou moins improvisées, et il faut attendre le tout début du 18e siècle pour en trouver les premières partitions.

En réalité, l’allongement du tube de la trompe pour obtenir une échelle de notes plus complète n’est pas à l’usage des chasseurs qui se contentent d’appels rudimentaires ; ce sont plutôt les musiciens, pressentant l’avenir du nouvel instrument, qui poussent à cette évolution. Le contexte, en effet, est favorable. Louis XIV veut être le premier en Europe et joue avec les fastes extraordinaires de la cour de Versailles pour affirmer la supériorité française. Les chasses royales deviennent ainsi des spectacles grandioses, que les nouvelles trompes mettent en musique avec un éclat sans concurrence partout ailleurs. Et c’est pourquoi Louis XIV, soucieux de rester inégalé, les réserve à l’usage de la cour. La trompe moderne naît ainsi d’une évolution technique et de circonstances historiques précises.

Si l’instrument présente désormais la même échelle de notes qu’aujourd’hui, il n’a cependant pas encore sa forme définitive. Enroulé sur 1 tour ½ seulement, il atteint presque 90 cm de diamètre, ce qui le rend très peu maniable : aussi ne fait-il qu’accompagner les laisser-courre, sans prendre part à l’action de chasse elle-même. Le pavillon est plus petit et plus aplati que celui de la trompe actuelle, donnant un son un peu moins ample et puissant.

Dès lors, la trompe va connaître un essor ininterrompu, mais avec des périodes très contrastées correspondant à peu près chacune à  un siècle.

 

18e SIECLE : LA TROMPE CLASSIQUE

Héritée du 17e siècle, la trompe à 1 tour ½ dite «à la Dampierre»  est fragile et encombrante. Dès 1710, en s’inspirant d’essais allemands visant à en réduire les dimensions pour en faire un instrument d’orchestre, on étudie un enroulement plus maniable à 2 tour ½ (réduction du diamètre et plus grande solidité). Le modèle établi par Lebrun se généralise vite et reçoit le nom de «Dauphine» en 1729, à l’occasion de la naissance du dauphin de France, devenant un peu plus tard le seul modèle en usage.

Le ton de ré est définitivement fixé à partir de 1713 ; à l’octave inférieur de la trompette, il permet d’associer ou d’interchanger les deux instruments comme cela se pratique encore.

L’embouchure, depuis l’origine, est d’ailleurs du type trompette (en cuvette), donnant une sonorité claire mais plutôt stridente. Vers 1730, des facteurs allemands mettent au point l’embouchure en entonnoir, plus profonde, qui apporte un velouté caractéristique sans nuire à l’éclat du timbre. Ce type d’embouchure devient d’usage général au dernier quart du siècle.

 

19e SIECLE : LA TROMPE ROMANTIQUE

Au siècle précédent, le grand diamètre de la Dauphine (55 cm) était nécessaire pour passer la trompe en sautoir par dessus les imposantes coiffures à la mode. Peu avant la révolution de 1789, ces dernières tendent à être remplacées par la cape anglaise, de dimensions plus réduites, ce qui permet de ramener le diamètre de la trompe à 40 cm : ce nouveau modèle à 3 tours ½ se répand à partir de 1818 et prend le nom de «trompe d’Orléans»  en 1831, suite à une importante commande passée par le duc d’Orléans.

L’embouchure en entonnoir est définitivement adoptée, avec des bords plutôt larges et un grain qui reste encore assez gros.

 

20e SIECLE : LA TROMPE DE VENERIE

La trompe d’Orléans est désormais généralisée, avec le pavillon dessiné par Périnet au siècle précédent et qui offre un meilleur compromis entre puissance, timbre et souplesse. La production industrielle ne fournit que des trompes de qualité moyenne sinon médiocre, mais la fabrication artisanale est heureusement poursuivie par quelques ateliers. Ce soucis de maintenir une tradition ancienne ne bloque pas pour autant toute évolution ; la nouvelle «Montpoupon» de périnet ou les trompes en bronze en témoignent.

L’embouchure moderne, quant à elle, offre un large éventail de diamètres et de profondeurs, avec une tendance vers des grains plus fins qu’au siècle précédent ; l’émission du son y gagne en précision, avec un timbre un peu plus pincé. Les bords minces, voire quasiment coupants,  connaissent une faveur peu justifiée. Ils sont très agressifs pour les lèvres et la souplesse de jeu qu’on leur prête est pour le moins contestable. Mais l’usage en est bien établi et les sonneurs y tiennent comme à un signe qui les distingue des autres cuivres.

 

UN JEU PARTICULIER : LE « TON DE VENERIE »

Encore minoritaire au début du 20e siècle, la trompe de vénerie s’affirme rapidement. Sous l’influence du tayaut qui se généralise. C’est un style tout à fait nouveau qui émerge. En effet, à la différence du trille des lèvres qui ne ralentit pas l’exécution, le tayaut allonge la durée de la note sur laquelle on l’exécute. C’est à peine perceptible, mais suffisant pour bousculer le rythme normal (on rattrape instinctivement le léger retard de la note tayautée en passant plus vite sur la note suivante, d’ou un déplacement des accents naturels de la mesure).

Le tayaut demande aussi un soutien du souffle, car il fait la transition entre deux notes. Ceci amène à sonner chaque phrase en liant toutes les notes.

En quelques décades, l’émulation jouant (stimulée par l’action des fédérations), ces tendances s’amplifient et prennent force de loi, aboutissant au style typique qui marque définitivement la trompe du 20e siècle : tayaut appuyé et systématique, rythmique basée sur une accentuation décalée, phrasé puissant, notes liées en une seule respiration, vibrato intense… C’est le ton de vénerie.

 

 

Rencontre avec un sonneur de grand talent

Suite au premier dossier que nous vous avons présenté dans l’Echo des fanfares n°357, l’équipe de rédaction du journal a voulu en savoir plus sur la trompe de chasse. Nous nous sommes donc rendu, le 12 septembre dernier, au concours international des trompes à Vittel. Nous y avons rencontré le Rallye Trompes des Vosges, un groupe de sonneurs de renommée internationale.

Hubert Heinrich sonne avec ses frères, dans le RTV depuis sa création. Tout en étant directeur musical de cette formation, il a ouvert en novembre 1998 à Gémonval en Franche Comté, un Institut de Musiques de Chasse. Nous l’avons rencontré dans les locaux de l'Ecole Internationale de Musiques de Chasse où il a aimablement accepté de répondre à nos questions.

Echo des Fanfares : comment avez-vous commencé la trompe de chasse ?

Hubert Heinrich : C'est un point important de notre histoire. Nous avions la chance, mes frères et moi-même, d'avoir un père ancien musicien de musique militaire. A la fin d'une période de plusieurs années à la direction d'une batterie-fanfare dans la vallée de Fellering (Haut-Rhin),  il créa une section de sonneurs dont les membres étaient tous issus de la section cor de la batterie-fanfare. Le style d'expression passa alors du cor à la trompe, il fut donc joué des airs de chasse. A sa création en 1957, le groupe compta 5 membres. Petit à petit, mon père proposa à chacun de ses six fils de rejoindre l’ensemble dès que nous aurions obtenu le certificat d’études, synonyme de "dès l'âge de 14 ans atteint".

 

E.F : Pensez-vous que cette situation a créé une émulation autour de la trompe dans votre famille ?

H.H. : Quand l'aîné a débuté dans le groupe, nous attendions impatiemment notre tour. Nous avons beaucoup travaillé individuellement pour acquérir une technique instrumentale et la  connaissance du répertoire dans chacune des voix, ce qui nous donnait une polyvalence complète dès notre arrivée au sein du groupe.

 

E.F : Quand avez-vous été réunis avec vos cinq frères dans le groupe ?

H.H : Vers les années 1966. Quelques années avant le départ des anciens du groupe qui ont légué avec beaucoup de foi, leur savoir et leur fougue. A l'époque,  Maurice, l'aîné des frères, avait 17 ans, le plus jeune 12. La moyenne d'âge du groupe était de 15 ans.

 

E.F : Comment s'appelait alors votre groupe ?

H.H : Il s'appelle, depuis sa création, "Rallye Trompes des Vosges". Malgré la répartition des sonneurs sur l'ensemble de l'hexagone, nous souhaitions toujours garder un lien avec la commune de Fellering d'où nous sommes originaires. Nous y produisons d'ailleurs chaque année une prestation à l'occasion de la fête de la Saint Hubert (patron des chasseurs).

 

E.F : Quelles furent vos premières préoccupations quant à l’évolution du Rallye Trompes des Vosges ?

H.H : Une fois l'équipe recomposée, nous avons entrepris de parfaire les messes de Saint Hubert et de mettre en place un programme de grandes fantaisies. Grâce à l'appui très fort de quelques sonneurs de Belgique, nous avons rapidement eu la chance d'enregistrer un disque qui fut diffusé dans plusieurs pays européens.

 

E.F : Ce disque a t-il vraiment changé les choses ?

H.H : Ce disque a été pour nous un tremplin formidable. C'est avant tout un challenge difficile car vous êtes à la merci de toutes les critiques. Ensuite, il a été révélateur d'un style nouveau de trompe du groupe. Cet enregistrement de notre premier 33 tours a été une consécration. Nous ayant fait connaître, ce disque a aussi été le coup d'envoi d'une longue période de compétition internationale. En effet, nos amis belges nous ont fortement encouragé à participer à des concours divers ; manifestations à l'occasion desquelles nous remportions de nombreux premiers prix.

 

E.F : Comment expliquez-vous cette réussite ?

H.H : Dès le début, le groupe a trouvé une cohérence et une grande homogénéité musicale. Nous travaillions ensemble une heure et demi tous les jours et quasiment tous les dimanches après-midi. Aujourd'hui, cette qualité d'ensemble fait toujours la différence avec les autres formations.

 

E.F : Que pensez-vous du répertoire actuel de la trompe ?

H.H : Il existe des milliers de fanfares de chasse (de lieux, de circonstances et de personnes).

Le répertoire est également composé d'une douzaine de Messes de Saint Hubert, de petites et grandes fantaisies.

Ce qui est important aujourd'hui c'est de faire évoluer la musicalité dans la pratique de l'instrument. En ayant à ce jour composé environ 250 oeuvres, j'ai pu contribuer à cet essor musical grâce aux grandes qualités musicales artistiques et à la discipline des membres actifs du Rallye Trompes des Vosges.

Les concerts donnés en France en général, et particulièrement ceux produits par le RTV, alternent la vénerie, la musique de chasse, les fantaisies, les pièces à caractère religieux. Au travers de ces thèmes, bon nombre de nos créations sont mises en exergue. Quelques fois, nous interprétons des oeuvres anciennes harmonisées pour orgue et plus rarement des pièces pour trompe et choeur.

 

E.F : Jouez-vous le répertoire du cor naturel ?

H.H : Le répertoire pour cor naturel est vaste et difficile. Il ne nous est pas accessible. Les cornistes d'orchestre excellent dans ce registre, c'est très bien ainsi.

 

E.F : Pourriez-vous tout de même jouer ce répertoire à la trompe ?

H.H : Si les difficultés ne sont pas trop importantes, oui. Il faut toutefois se rendre à l'évidence. La façon d'emboucher, le type d'embouchure et la technique trompistique actuelle est incompatible avec le jeu et la tessiture du cor naturel. La facture instrumentale n'est pas adaptée. Nous nous limitons à quelques oeuvres baroques  ;la musique pour trompette naturelle que nous transposons. Si nous jouons des pièces plus complexes, c'est dans un cadre d'exercices personnels uniquement.

 

E.F : Depuis quand existe le ton de vénerie ?

H.H : Il existe depuis que la chasse à courre a en quelque sorte été mise en musique. Avant cet air du ton de vénerie(1680), les messages musicaux étaient d'ordre de quelques notes (3 à 6). A ce jour, la tessiture jouée est plus grande dans le cadre de la trompe harmonisée. Cependant, elle reste à environ 7 notes si nous nous plaçons dans le cadre  exclusif du ton de vénerie. Le ton de vénerie est ainsi appelé en raison de sa pratique à la chasse, où il est toujours joué en solo.

 

E.F : Revenons à vous. Vous avez énormément fait évoluer la musique pour trompe ?

H.H : Dans le milieu de la trompe, il est dit souvent "le Rallye Trompes des Vosges" est  à l'origine de bien des évolutions dans ce quart de siècle passé". La musicalité, la sensibilité et la créativité en sont les raisons essentielles.

 

E.F : Pensez-vous avoir fait évoluer l'image de la trompe ?

H.H : Sûrement ! Nous avons apporté une contribution non négligeable, par la production de nombreux enregistrements, l'effort permanent de créativité, nos nombreux concerts donnés dans plusieurs pays européens, notre capacité d'enseignement de cet art.

Si nous avons fait le concert de clôture du concours de quintettes de cuivres de Narbonne, et une grande intervention au festival des Flandres en Belgique, c'est que nos choix et nos musiques agréent bien des musiciens de haut niveau ?

 

E.F : Sur quelles références musicales vous êtes-vous basé ?

H.H : L'ouverture des connaissances musicales s'est faite par l'écoute de toutes formes de "grandes musiques". L'accès à ces musiques a été favorisé grâce à nos amis belges (M. Verhaegen, Danielle Gosciaux). L'intérêt de tous les frères et autres membres du RTV à la musique classique est très fort. Nous en écoutions tous plusieurs heures par jour.

 

E.F : Comment le ton de vénerie s'est-il perpétué ? 

H.H : La tradition du ton de vénerie s'est transmise de "bouche à oreille". Les maîtres d'équipages, les piqueux léguaient leur savoir à leurs enfants et ainsi de suite. Tout naturellement, avec le temps et les "modes", certaines transformations se sont opérées. Les coupures pour faits de guerre ont parfois apporté leur lot de modifications à la tradition.

 

E.F : Vous utilisez dans votre Ecole un tableau avec des portées. Avez-vous abandonné la tradition orale ?

H.H : Non, la tradition orale reste fortement ancrée. L'apprentissage des bases élémentaires du solfège est un plus ; j'essaie d'initier tous les élèves qui passent dans cette école. Au Rallye Trompes des Vosges, la donne est différente. Tous les membres lisent bien la musique. A partir de partitions bien élaborées le travail est plus rapide, plus efficace et surtout à la mémoire auditive s'ajoute celle de la mémoire visuelle.

 

E.F : Quelle place réservez-vous à la tradition ?

H.H : La tradition reste intégrale.  Personne ne désire la modifier. Cependant, la trompe de chasse, instrument de communication spécifique à la chasse possède aussi des facultés d'instrument de musique à part entière. C'est aussi dans cet axe que nous souhaitons évoluer.

 

E.F : Reconnaissez-vous, dans l'ensemble des styles, d'autres écoles ?

H.H : Il est appelé école tout centre ou lieu où s'exerce la trompe. L'enseignement n'est évidemment pas le même partout. Des formations sporadiques sont assez répandues. Elles traitent d'ailleurs exclusivement le cadre restreint du ton de vénerie. Une école comme celle mise en place par l'Institut Hubert Heinrich de Musiques de Chasse, il n'en existe qu'une seule à travers la France. Nous formons, nous créons, nous diffusons toutes sortes de supports pédagogiques à destination de tout sonneur débutant ou confirmé. Nous donnons à la trompe de chasse sa dimension musicale.

 

E.F : Quel public accueillez-vous dans votre institut ?

H.H : Aujourd'hui, il y a 36 élèves permanents qui assistent à une séance mensuelle pour un programme d'une durée de 10 mois. Il y est traité de la technique instrumentale, du solfège, de la culture cynégétique. Les sonneurs découvrent différents styles d'expression de solistes et de groupes. L'ensemble de cette pédagogie suit une chronologie et un découpage bien dosé ; formule qui va à l'encontre des "méthodes globales" employées ailleurs.

Les cycles scolaires sont sanctionnés par un examen à l'issue du programme.

Par ailleurs, d'autres formations, solo, duo, trio, quatuor, basse, radouci et techniques de groupes sont dispensées sur différents week-end de l'année. Il s'agit là d'une sorte de formation à la carte ouverte à tous, débutants, sonneurs confirmés ou futurs formateurs.

 

E.F : Et avec les enfants ?

H.H : Ne dit-on  pas que l'avenir appartient aux jeunes ? Apprendre aux jeunes a plusieurs avantages. Ils comprennent très vite car ils apprennent de suite les bonnes méthodes. Ils sont curieux de tout et cet engouement permanent est très motivant pour les formateurs. Sur le plan de la pratique instrumentale, toutes  les phases sont étudiées avec précision : préparation à l'émission du son, les qualités sonores, les styles et les éléments spécifiques du ton de vénerie.

 

E.F : Vous êtes-vous inspiré d'autres méthodes pour cuivres ?

H.H : Non, je ne sais pas s'il en existe beaucoup sur le marché. L'expérience de quelques rares "anciens" et celle acquise en 35 ans de pratique et de contacts avec de nombreux musiciens de tous horizons ont conduit à la "stratégie" définie par l'Ecole. Le travail collectif avec une équipe compétente au RTV mettait aussi en harmonie le vécu de chacun.

 

E.F : L’embouchure de la trompe n’est-elle pas difficile à supporter ?

H.H : Une embouchure de sonneur est excessivement coupante pour des raisons de maintien quand l'instrument est joué alors que le sonneur est à cheval. Il subsiste toutefois une interrogation : est-il vraiment nécessaire d'utiliser ce type d'embouchure alors qu'une grande majorité de sonneurs ne sont pas cavaliers ? Une bonne étude par des personnes compétentes serait la bienvenue.

 

E.F : Travaillez-vous alors avec d'autres embouchures ?

H.H : Non. Elles sont les seules sur le marché. Nous avons déjà réfléchi à la question sur les besoins d'une cuvette moins profonde, sur la nécessité de bords plus larges etc… Nous avons peut-être les mêmes problèmes que tous les autres cuivres ? Au-dessus de tout cet aspect embouchure, il ne faut jamais oublier que c'est l'instrumentiste qui fait la qualité de son timbre.

 

E.F : Etes-vous toujours sonneur de chasse ?

H.H : Oui ! Je suis sonneur de chasse et je le resterai à vie. Je suis peut-être plus tolérant que d'autres en pensant que cet instrument trouve aussi sa place dans la musique. Il serait vraiment dommage que 3 siècles de musiques de chasse soient abandonnés alors que cet instrument a tant de possibilités d'expression.

 

E.F : Pouvez-vous nous expliquer votre façon de travailler avec le Rallye Trompes des Vosges ?

H.H : Avant tout, le noyau du RTV est composé de sonneurs dont la présence au groupe dépasse 35 ans. De très bons réflexes se sont installés et ce à tous les niveaux. Sur un plan musical, tous lisent couramment les partitions. C'est un élément important pour avancer vite et bien. En général, nos répétitions servent à parfaire la musique d'ensemble de textes que les sonneurs sont tenus de connaître préalablement. Nous travaillons alors les nuances, le phrasé, l'équilibre des voix après avoir bien distribué les rôles de chacun. Un résultat n'est pas seulement l'addition de compétences. Il est nécessaire que les hommes se connaissent, qu'ils se complètent ; qu'ils aient en quelque sorte l'humilité et le bon sens associatif d'abandonner au profit de l'ensemble les qualités personnelles. C'est là véritablement une clef du succès.

 

L'équipe de rédaction de l'Echo des fanfares remercie vivement Monsieur Hubert Heinrich pour son accueil et pour cet interview aimablement accordé.

 

 

Bibliographie

Disponibles

·        "Bien sonner de la Trompe de Chasse" – Volume N°1 (livret broché 80 pp) par Hubert Heinrich, Christian Conte, Philippe Carbin 

·        72 Fanfares de Circonstances et d'Animaux. Compact disque – par Hubert Heinrich – trompe solo

·       " Mémento historique de la trompe et de la musique de chasse " de Jacques Poncet 

A paraître

·        "Bien sonner de la Trompe de Chasse" – Volume N°2