Pas essentiels


L'Olympia, le 8 décembre 2020

C’est le cri du monde de la culture qui, d’après la ministre, est résilient et le sera d’autant plus à coup de subventions. Mais qu’en est-il des oubliés de la Culture ? Qu’en est-il de tous ceux qui vivent la culture au lieu d’en vivre ? Qu’en est-il des amateurs ?

Apparemment, nous ne sommes non seulement « pas essentiels » mais d’interventions présidentielles en points de presse ministériels, nous nous sommes bien rendu compte que nous n’existions pas !

Il paraît que le Ministère de la Culture n’a que peu de poids dans les décisions sanitaires. La Ministre assure, par contre, qu’elle se bat pour la Culture, les cinémas, pour les théâtres, les libraires, qu’elle a réussi à obtenir le maintien des tournages, de même que les répétitions …

Les répétitions ! J’ai eu du mal à me souvenir de la signification de ce mot. Cela fait tellement longtemps que je n’ai plus … répété. Je suis un musicien professionnel qui encadre des amateurs, ces personnes dont on veut encourager les pratiques artistiques mais que l’on empêche tout simplement de pratiquer.

Le lien social et intergénérationnel créé par nos ensembles :

pas essentiel !

Notre participation à la vie culturelle de nos villages, quartiers, villes :

pas essentiel !

Nos Marseillaises jouées lors des cérémonies commémoratives :

pas essentielles !

​Nos répétitions qui nous sortent de la dépressive rengaine Métro, Boulot, Dodo :

pas essentielles !

Nos apparitions dans les rues lors des fêtes de Noël :

pas essentielles !

Le bénéfice de la pratique artistique est immatériel et, du moins je le croyais, intangible. On ne peut le quantifier, il ne passe pas par la colonne « profits et pertes » de nos bilans comptables. Il est impossible de demander un report de charges « émotionnelles », une mise au chômage partiel de la joie de partager de la musique. Et c’est comme cela que les pratiques des amateurs peu à peu s’éteignent, comme autant de bougies d’une bien triste symphonie des adieux.

Nous ne demandons pas grand-chose alors que les grandes surfaces et les transports en communs sont bondés. Nous avons lu les textes réglementaires, rapports, protocoles, décrets et autres articles spécialisés. Nous nous sommes ainsi initiés aux mesures barrières, aux règles sanitaires et même à la physique des aérosols. Nous nous sommes équipés, souvent à nos frais, pour pouvoir continuer à pratiquer en toute sécurité.

Nous demandons juste à exister.


Fred Borri,

président de la Fédération PACA de l'UFF, vice-président national

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